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So I Am...
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ICG 0204-1
février 2004

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Light for the people

ICG 0202-1
février 2002

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Avec la vague des chanteuses qui déferle sur le monde du jazz, l’émergence de nouveaux talents pose un certain nombre de questions. Une nouvelle chanteuse doit-elle chercher à s’apparenter à une lignée ? tenter de contribuer à l’édifice monumental du jazz vocal ? doit-elle rester contemplative en s’accommodant du jeu de la comparaison et l’étiquetage ? ou bien suivre sa voie et risquer de s’égarer sur les chemins de l’innovation ?

Avec une carrière qui a réellement commencé à l’aube de notre millénaire, Youn Sun Nah est l’une de ces nouvelles chanteuses. En quelques années elle est devenue une figure incontournable du jazz en Corée. En France elle a un nom et fait partie de ces excellentes vocalistes qui parcourent les festivals et les clubs de jazz.

Depuis 1995, Youn Sun Nah partage sa vie et sa carrière musicale entre la Corée, son pays natal, et la France, sa terre d’adoption, la distance qui sépare ces deux pays l’obligeant à mener une double vie. Pour parvenir à développer son art d’un bout à l’autre du globe elle travaille avec deux équipes. A Séoul, elle a créé sa propre structure de production Bis Music avec laquelle elle a auto-produit deux disques solo distribués par Sony Music ; à Paris elle travaille avec son quintet dont les disques sont produits par le label indépendant In Circum Girum.

La voix de Youn Sun Nah est troublante ; elle tient notamment ce caractère singulier de ses origines. Possédant une large palette de timbres et de couleurs, elle maîtrise parfaitement le scat et utilise parfois cris ou chuchotements. Elle a ce don rare : une fluidité de tous les instants qui repose sur son excellente technique vocale et sur une écoute totale.

Les musiciens qui l’entourent sont tous de jeunes talents de la scène jazz française : le batteur David Georgelet et le bassiste franco-israélien Yoni Zelnik, compagnons de ses débuts ; le vibraphoniste franco-britannique David Neerman, greffe indispensable à l’éclosion du quintet et le pianiste Benjamin Moussay, nouveau venu dans l’aventure (il remplace Guillaume Naud premier pianiste du quintet). Tous ces musiciens sont basés à Paris. Le meilleur orchestre de jazz qu’elle puisse avoir car il a les qualités des meilleurs groupes : une cohésion née d’une expérience commune, construite dans le temps et soudée par les amitiés et la vie de groupe vécue dans les tournées. Une connivence précieuse qui prend toute sa mesure avec ces atmosphères intimistes que le groupe aime explorer avec des instrumentations restreintes en duo ou trio. Un quintet de jeunes talents qui a la maturité et l’intelligence nécessaire à l’élaboration d’un projet solide et durable. Voici donc une des formations innovantes que l’on peut écouter actuellement et qui a fait ses preuves depuis ses premiers pas lors de concours organisés par les festivals (Marciac, La Défense ...) jusqu’à « Paris Jazz Clubs - Rue des Lombards » diffusé sur Arte en 2003, en passant par leur premier disque « Light for the people ».

« So I am », dont la sortie est prévue à la mi-septembre 2004, est donc le deuxième album du quintet de Youn Sun Nah. Pour ce nouvel opus, Youn Sun Nah chante en anglais et en coréen, comme à son habitude, mais aussi en hébreux, ce qui est une nouveauté. D’autre part, tous les morceaux sont des compositions originales des membres du groupe. Une démarche qui n’écarte pas les standards du répertoire du groupe mais qui répond au désir d’affirmer sa personnalité. C’est peut être ce qui lui donne ce caractère si personnel et qui lui permet d’échapper à la banalité.

Dans les onze morceaux de ce disque Youn Sun Nah explore une vaste gamme d’émotions : tendresse, sensibilité, vigueur, audace et parfois mystère. Elle s’y exprime toujours avec la même simplicité et une véracité. Son jeu est aéré et proscrit tout effet superflu qui mettrait en déséquilibre la musique créée par le groupe. Alors si dans ce disque elle ne scatte pas ou ne s’égosille pas, c’est parce que le format ne s’y prête pas. Un parti pris lié au besoin de réalisation d’un projet collectif.

La musique du quintet va à l’essentiel, fuit l’épate et privilégie l’expression de l’imaginaire du groupe. Un jazz à la fois minimaliste et ambitieux qui, tantôt s’inspire du silence pour parfois même s’égarer sur les berges de l’austérité, tantôt repose sur l’énergie physique du groupe supportée par des éléments rythmiques ou des arrangements plus contemporains. Un mouvement qui se nourrit du caractère cosmopolite du groupe et repose sur la diversité des cinq partenaires. Des influences pour le moins variées qui nous transportent de l’occident à l’orient, en évitant l’écueil du cliché.

Youn Sun Nah n’est encore qu’au début de sa carrière mais elle développe déjà, avec ses musiciens, un univers singulier. Une démarche centrée autour de la chanteuse mais où chacun prend part au projet. Une musique qui révèle une belle osmose permettant à chacun des musiciens de déployer ses qualités .